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La Roumanie

Le cinquantenaire de l'indépendance Roumanie

L'Action française, 11 Mai 1927.

 

Au banquet qui a été donné avant-hier pour le cinquantenaire de l'indépendance roumaine, M. Diamandy, représentant de la Roumanie en France, a prononcé un discours nourri d'idées et de faits, dans lequel il a retracé à grands traits – mais ce sont des traits fortement burinés – l'histoire de son pays. En l'écoutant, nous songions aux pages où Léon de Montesquiou a autrefois dégagé la philosophie historique des expériences du peuple roumain. Dans un temps où ces idées ne sont pas à la mode, M. Diamandy a mis admirablement en lumière, ce qui aura peut-être été une révélation pour quelques-uns de ses auditeurs, les services que l'institution monarchique a rendus à ces « principautés danubiennes » dont l'avenir n'avait été deviné que par des hommes d'une prescience rare, et qui sont devenues un Etat et une nation, qui ont résisté aux crises de croissance comme à l'hostilité des Empires voisins, qui ont même pu achever leur unité territoriale à partir du jour où elles ont eu l'unité du pouvoir et la suite dans le gouvernement. C'est une histoire curieuse que celle de ce rameau catholique d'une famille allemande – celle des Hohenzollern ni plus ni moins – qui, planté aux bords du Danube, dans un pays rattaché à Rome par l'esprit, à Byzance par la religion, a grandi comme un arbre indigène. Selon l'expression de M. Diamandy, « à l'instant même où le prince Charles posa le pied sur le sol roumain, il fut naturalisé roumain, de toute son âme ». Il en avait été de même, quelques années plus tôt, pour Léopold de Saxe-Cobourg devenu roi des Belges, comme, dans un autre siècle, pour le duc d'Anjou devenu roi d'Espagne. Pourquoi un peuple qui n'a pas de dynastie nationale va-t-il chercher une dynastie étrangère ? M. Diamandy l'a expliqué en termes d'une clarté saisissante : l'instabilité du pouvoir (c'est-à-dire les compétitions pour le pouvoir), menaçait la nation roumaine, encore à peine affranchie, de tomber dans l'anarchie, et, par l'anarchie, de retomber dans la servitude : Il était nécessaire que le trône devînt le centre de gravité de l'État roumain, l'agent directeur et pondérateur qui maintient l'équilibre et assure la continuité. Le besoin d'assurer la stabilité du trône a été ressenti avec tant de force qu'il nous a tous ralliés à l'acceptation d'une dynastie étrangère. Vous pouvez en conclure combien les Roumains ont jadis souffert de leurs continuels changements de régime. Un vestige de ce que fut, pour eux, cette expérience amère, s'est fixé dans un de leurs vieux proverbes qui, pour n'être pas arabe, n'en est pas moins clairvoyant : « Changement des règnes, joie des fous. » Cette leçon de politique n'est pas la seule que M. Diamandy ait donnée. Il a montré par l'exemple de son pays que « les lendemains de victoire sont tragiques ». Ayant, en1877, aidé la Russie à vaincre les Turcs, la Roumanie, en récompense, fut dépouillée de la Bessarabie. Et si, après la guerre de 1918, elle a retrouvé cette province, les Soviets la lui contestent encore. Telle est la morale, telle est la justice, même dans les « guerres du droit ». Après cette constatation non pas amère, mais simplement réaliste, nous avons été un peu étonné d'entendre une apologie sans réserves du principe des nationalités. M. Diamandy nous permettra-t-il de lui faire remarquer que ce principe est à double tranchant. Pareil au sabre de M. Prudhomme, il sert à fonder les unités nationales et à les détruire. Si la Roumanie en a eu le profit dans le passé, il n'y a plus guère qu'un peuple en Europe qui puisse en attendre un bénéfice. C'est l'Allemagne. Au nom du principe des nationalités, elle réclame la réunion de l'Autriche. Elle pourra encore réclamer maintes annexions ou réannexions petites et grandes. Dans l'intérêt de tous, mais surtout dans celui des pays de la Petite-Entente, mieux vaudrait ne pas rouvrir cette boîte de Pandore.  

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